presque rien et tout un monde // Pindorama Lia Rodrigues

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Travaillant dans une favela à Rio de Janeiro, Lia Rodrigues a le souci de travailler ses spectacles avec peu de moyens techniques et scénographiques afin qu’ils puisent être montré dans un maximum d’endroits et aller ainsi à la rencontre de tous les publics.  Une bâche en plastique, des ballons d’eau, voilà ce qu’utilisent les onze danseurs pour Pindorama, troisième pièce d’un triptyque sur le collectif. le public est debout, invité à se déplacer dans l’espace. Les danseurs arrivent et déploient une longue bâche en plastique. Une femme nue arrive, vide une bouteille d’eau sur elle et circule puis laisse balloter son corps suivant les mouvements, de plus en plus forts, qu’impulsent les danseurs à la bâche. De la petite vague on passe à la houle. Brume d’eau, bruit du plastique, le public est de part et d’autre, témoin de la beauté hypnotisante de cette tempête. Ensuite tous les danseurs vont nus se rouler sur la bâche,  d’abord dessous laissant le flou sur les corps puis se grouper, se rassembler, les corps des uns sur les corps des autres , mélés. La sensualité va encore gagner par la suite. La bâche repliée, les onze danseurs entrent nus, se douchent avec une bouteille d’eau et se glissent animalement vers les ballons d’eau déposés ça et là sur le sol. Public et danseurs ne forment plus qu’un groupe, les corps des danseurs se glissant tels des serpents entre les spectateurs. Un  moment sensuel, animal et d’une éclatante beauté.

 

 

Intérieur Claude Régy

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Regarder un spectacle de Claude Régy est toujours synonyme d’une grande expérience esthétique due non seulement à ce qu’il déploie sur scène mais également via la rencontre avec le texte. Quelle justesse dans celle-ci ! Un sol de sable, matière qui peut se marquer mais sur laquelle tout s’efface, le côté de la famille qui baigne dans une lumière grège et douce, ignorant la catastrophe et de l’autre côté dans le bleu, les voisins qui parlent de la jeune fille morte et de l’avancée du convoi qui ramène la dépouille vers la famille. La mort est présente dans le récit et sur scène avec la présence de l’enfant qui dort sur le sol. Si le théâtre est bien l’endroit où morts et vivants se côtoyent, si Régy travaille le temps comme une musique, tout cela est éblouissant de finesse et de justesse.

un moment poétique // notallwhowanderarelost – Benjamin Verdonck

Benjamin Verdonck est-il de notre monde ? En tout cas, il le change. Les interventions, créations de Benjamin Verdonck nous pousse à poser un autre regard sur notre quotidien, sur un fait, sur les choses. C’est inventeur qui se joue de la banalité. Il y a quelques années, il avait accroché un nid sur les hauteurs d’un immeuble du centre de Bruxelles. Quelque que soit la thématique qu’il questionne dans ses spectacles, il parvient à bousculer notre regard. Cette fois, il nous propose un autre moment poétique en créant un théâtre de table. Le titre s’inspire d’un poème de Tolkien ( tous ceux qui errent ne sont pas perdus….). Doucement, on entre dans l’univers et dans le temps auquel nous Benjamin Verdonck.  Entrée, sortie, il nous procure un moment poétique avec des boîtes de coca, un ballon et une chaise ! L’équilibre, qu’on pense impossible, tient à peu de chose… Avec le théâtre, phrases, triangle défilent, jouent avec la perspective, avec les cheminements pas toujours droits. Cela parait simple, c’est juste délicat, c’est un temps d’invention et de liberté pour chacun des spectateurs. Benjamin Verdonck nous offre un moment aussi poétique que magique .

notallwanderarelost jusqu’au 17 mai au KVS http://www.kdfa.beCapture d'écran 2014-05-14 12.04.17

une histoire de regard// Untitled Sarah Vanhee

Une des artistes dont on souhaiterait être confronté régulièrement à démarche est Sarah Vanhee. Lors de la précédente édition, on aurait voulu être pouvoir suivre son projet « Lecture For Everyone » , un texte qui parlait notamment de notre relation à l’autre, et qui a été lu dans diverses réunions ( police, entreprise, etc…) pour voir les réactions qu’il provoquait. Cette fois, elle propose un projet débuté en 2012 et qui consiste à aller chez les gens et voir ce qu’ils présentent chez eux comme oeuvre d’art. Dans le quartier du Wiels, elle a a trouvé 17 habitants prêts à ouvrir leur porte, montrer et présenter leur oeuvre d’art. Une dame présente sa fille. Un couple montre les murs de ses toilettes remplis de souvenirs ( carte de resto, carte de visite, prospectus de lieux visités à l’étranger,tickets de spectacles, billets d’avions, etc..) qui appartiennent à leur histoire de vie commune. Ils ne nous racontent l’histoire que peut contenir chaque bout de papier mais le présente comme un aperçu sur leurs vies. On pense aux listes souvent employées par les plasticiens, aux installations que L’américaine Sarah Sze réalise avec des objets du quotidien tandis que notre oeil se promène parmi tous ces papiers. Uhomme montre une sculpture due à son père, artisan, et raconte comment les tableaux et l’art sont venus dans sa vie, comment son père a formé son regard et on passe d’un paysage ardennais réalisé par le coiffeur du village de sa grand-mère à des pièces acquises en galeries et liées à des discussions autour d’oeuvres. Les regards se croisent, celui de l’habitant, ceux des visiteurs. Qu’est ce que l’art ? Quelle place a-t-il dans la vie des gens ? Comment le regard construit l’oeuvre, la crée…Lorsque la visite se termine, on nous lit un court texte qui s’achève par le numéro d’édition de notre venue . Chaque habitant a reçu 15 visites, chaque comme une édition particulière d’une oeuvre. Untitled est à vivre !

On ne rejoue pas le passé // Timeloss Amir Reza Koohestani

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La nouvelle mise en scène d’Amir Reza Koohestani (°1978 Chiraz-Iran) cite celle avec laquelle on l’a découvert en 2004 au Kunsten : dance on glasses. Soit les derniers échanges d’un couple qui se sépare. Timeloss débute dans le noir. Une voix off, celle du metteur en scène, nous raconte que tous les spectacles,qu’il a fait, sont dédiés à une seule personne, qui n’est jamais venue les voir depuis leur rupture narrée dans Dance on glasses. Pour le DVD de ce spectacle, il doit réenregistrer les voix car le son est de piètre qualité.  Sur scène, non plus face à face séparé par la longueur de la table, mais ne se faisant plus face, le regard collé à la vidéo, le texte posé sur la table. Ils répètent avant l’enregistrement. Que répètent-ils ? une pièce qui commence par un jeu ou une séquence de leur vie passée qui tente de se superposer à leur aujourd’hui.  Ils ne se sont plus vus, ni parlés depuis leur séparation. Ils tentent d’en ausculter la raison. Elle la lui raconte, c’est après une fête d’anniversaire où ils ont été comme absents au monde et à eux-même. Ensuite ajoute qu’il y a nombre de disputes. Et lui continue de demander si c’est ça la réalité de leur séparation, cette fête, argumente que les disputes sont intrinsèques à  la vie de couple, veut savoir quelle est sa vie aujourd’hui , a-t-elle aimé un autre homme….  Peu à peu, leur dialogue au présent se confond comme il se confronte avec les paroles de  » dance on glasses ». Lui paraît perdu, toujours blessé par cette rupture, elle s’affirme sans regret avoué, libre… On ne rejoue pas le passé nous dit la voix off prenant pour exemple le mythe d’Orphée qui perd à nouveau son Eurydice en se retournant .  Qui est mort, ne revient pas à la vie, amours, personnes… et la voix qui égrennent des amis morts dans le tremblement de terre de Bam, dans un accident …  Dans le programme, Amir Reza Koohestani présente son théâtre  comme « celui de l’incapacité des hommes et des femmes à se lever ». C’était présent dans son Ivanov. Encore plus ici, où l’homme est incapable de quoi que ce soit envers la femme qu’il aime encore. C’est sur cette incapacité et ce regard vers le passé que la pièce touche délicatement.

 

Théâtre National de la Communauté française
7, 8/05 – 20:15
9/05 – 22:00
10/05 – 18:00
Farsi > NL / FR
1h

Text, direction & stage design
Amir Reza Koohestani

With on stage
Hassan Madjooni, Mahin Sadri

And on video
Abed Aabest, Behdokht Valian

Music & sound creation
Pouya Pouramin

Costumes designer
Negar Nemati

Video & technical direction
Davoud Sadri

Director’s assistant
Mohammad Reza Hosseinzadeh

Stage manager & surtitles operator
Negar Nobakht Foghani

Translation & surtitles adaptation
Massoumeh Lahidji

The play contains video excerpts of
Dance On Glasses

Text, direction & stage design
Amir Reza Koohestani

With
Sharareh Mansour Abadi, Ali Moini

Choreography
Ehsan Hemat

Music
Thousand Years by Sting

Production
Mehr Theatre Group

 

Bruxelles, ma belle // 100 % Bruxelles Rimini Protokoll

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Rimini Protokoll est un habitué du Kunstenfestivaldesarts. On l’avait découvert avec Sabenation en 2004, un spectacle créé avec des anciens de la Sabena. Dans 100% Bruxelles, le collectif utilise un concept qu’il a déjà déployé dans d’autres villes comme Paris, Gwangju ( Cork, Copenhague, Tokyo, Cologne…).  Le but : décrire une ville avec ses spécificités et ses points communs avec d’autres cités. Ainsi un échantillon de 100 habitants  pour représenter la ville, dans sa diversité d’âges, d’origines, de parcours,de sexe ( la répartition hommes/femmes et le transgenre). C’est plaisant, amusant à voir. Par rapport aux précédents spectacles présentés à Bruxelles ( Call Cutta, Lagos business angels ,Karl Marx das Kapital rester Band, Mnemo park : a mini train world…), on entre moins dans l’histoire intime de l’individu, dans son rapport au monde. Il nous reste quelques petites parcelles pour percevoir au delà de la globalité de la masse, l’individu, non pas dans ce qui le solidarise ou pas avec le groupe ( on le voit à travers les questions posées) mais dans sa singularité, dans son rapport particulier à Bruxelles.  

Reste à saluer les débats organisés en collaboration avec la Brussels academy après le spectacle.  

 

I ❤️ MELANCHOLY // 41 Transquinquennal

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Ce qui est bien avec Transquinquennal, c’est la capacité qu’à ce collectif à ne pas se satisfaire du schéma narratif aristotélicien, à penser quelle sera la forme la plus pertinente par rapport au projet. En bref questionner l’ici et maintenant du théâtre !  Pour leur 41ème spectacle, ils ont décidé de prendre pour sujet la beauté. Au fil de la représentation des nombres ( de 1 à 41) vont ponctuer l’espace scénique ( comme dans une scène de crime, comme dans le film de Peter Greenaway  » Drowning by numbers » ).  Tout comme les quelques bouquets de tulipes qui se fanent rapidement raconteraient que la beauté passe, que chaque époque a son concept, ses critères de beauté, ces numéros structurent la narration du spectacle. Ils correspondent aux 41 questions posées sur la thématique. A cela se superpose la fin de vie d’un adolescent et son dernier souhait. La mort hante tout le spectacle ( comme si le trouble ultime que pouvait provoquer la beauté était la mort) et un voile mélancolique s’empare du spectateur ( impuissance face à la beauté ?). La mort avec les questions  » tu regretteras ….ou … », la chanson  » suicide is painless » ( cf Mash) , le cri d’un cochon qu’on tue, le bruit d’un voilier affrontant la tempête et sombrant, les références au Lac des cygnes, la proposition de transposer la fin de l’humanité…La question est également présente, traversée de manière humoristique…

Les questions ( quelque que soit sa discipline l’artiste pose des questions et n’apporte pas de réponse mais propose) sont aussi renvoyées aux spectateurs dont celle-là  » à choisir, vous préférez voir un beau spectacle ou un bon spectacle ? » .

41 ne prétend pas épuiser le sujet de la beauté, il interroge finement un concept qui traverse nos vies , nos émois, notre éducation, notre regard, nos différences.

 

 

 

Quarante et un de Transquinquennal dans le cadre du KFDA jusqu’au 7 mai 2014 au Théâtre Varia, reprise en octobre au Théâtre Varia

Conception, écriture, mise en scène: Bernard Breuse, Miguel Decleire, Stéphane Olivier
Assistanat mise en scène – stagiaire: Noémie Decroix
Interprètes – créateurs : Allan Bertin, Nathalie Cornet, Bernard Eylenbosch, Lucie Guien, Marie Henry, Elisa Lozano Raya, Emilie Meinguet, Jean-Baptiste Polge, Judith Williquet, Mélanie Zucconi, avec la participation de Mathias Decleire et Odilon Olivier
Chorégraphe, conseiller artistique: Gregory Grosjean
Scénographie / Costumes: Marie Szersnovicz
Création Sonore: Brice Cannavo
Création lumière: Jean-Jacques Deneumoustier
Technique et régies: Equipe technique du Théâtre Varia
Diffusion: Pierre-Laurent Boudet
Management: Céline Renchon
Production : Transquinquennal. Coproduction : Kunstenfestivaldesarts, Théâtre Varia, en partenariat avec le Centre des Arts Scéniques, Vooruit Kunstencentrum, Charleroi/Danses, Festival Monophonic. Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, service du Théâtre